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A mes heures perdues, j’aime m’adonner à la photo. Je crois que c’est une forme d’art – sans prétention personnelle aucune – qui me convient bien. La réalité, rien que la réalité, mais pas nécessairement toute la réalité.

 

J'entend pas là que l'on peut jouer avec ce qui s'offre au regard, tenter d'imprimer plus qu'une image sur la pellicule, mais que la matière première reste quelque chose de concret. Cela correspond assez bien à mon tempérament de rêveur aux pied sur terre. La photo m'offre l'ancrage dont j'ai besoin.

 

Cela fait bientôt deux ans que je m'adonne à ce loisir, et mes premières images ont été prises dans des lieux "neufs", des endroits que je découvrais. Bien sûr, ils sont teintés des conditions dans lesquels je les ai fréquentés. Qui m'accompagnait ? Quels moments, heureux ou malheureux, y ais-je vécu ? Mais ces impressions étaient des instantanés.

 

Cet été, je suis descendu en terrain très connu, dans le sud de la France, mon appareil en bandouilière. J'ai voulu photographier ces endroits que je connais depuis l'enfance, ces lieux que je pourrais décrire de mémoire jusque dans leurs moindres détails.

 

Lorsque je suis rentré chez moi et ai visionné les clichés, j'étais déçu. Terriblement déçu. Pourtant, les images n'étaient pas laides, ou floues. Certaines étaient même plutôt réussies sur un plan purement technique.

 

20_bis1Et je me suis demandé pourquoi. A force de contempler et de comparer les photos, j'ai compris. Celles que j'avais prises en terrain trop connu ne me laissaient pas ma part de rêve. Je reconstituais trop bien et trop nettement ce qu'il y avait autour, si bien que le choix du cadrage, de l'exposition, n'avait plus aucun sens. La réalité reprenait le pas trop facilement, sans plus aucune part au rêve, à l'imagination.

 

Et là j'ai commencé de comprendre que même à mon niveau, même sans prétention artistique aucune, prendre plaisir à s'exercer à un art, c'était s'échapper un peu du réel...