la_chuteAvec un peu de retard, j’ai fini par voir ce film d’Oliver Hirschbiegel que j’avais manqué lors de sa sortie en salles.

La chute est un film très particulier dans sa catégorie. Il est bien question de la seconde guerre mondiale, du nazisme, d’Hitler plus précisément, mais nullement de l’holocauste, pas vraiment des combats. En somme, contrairement à bon nombre d’œuvres, romans ou films, se rapportant au même sujet, celui-ci a cette particularité de montrer les artisans de l’horreur sans les mettre en regard de ceux qui les ont combattu, sans chercher à condamner explicitement le régime hideux qu’ils ont construit, sans même dire un mot de leurs victimes.

Concept dérangeant s’il en est, mais pas exactement nouveau. A ma connaissance, la primeur revient à Robert Merle et à son livre, La mort est mon métier. Le narrateur y est officier nazi, en charge de la mise en place puis de la gestion d’un camp de concentration. La lecture ce cet ouvrage est quasiment insoutenable par moments, mais finalement cette description minutieuse de l’horreur dans toute sa banalité s’est avérée, à mes yeux, la plus convaincante – s’il en était besoin – des plaidoiries contre le nazisme, l’antisémitisme, la haine.

La Chute va plus loin, d’une certaine façon, ou dans une autre direction si l’on préfère. Ni la guerre proprement dite – qui ne sert que de toile de fond – ni l’idéologie nazie – évoquée sporadiquement mais nullement mise en scène – n’y sont traitées. Le sujet est épuré : Hitler, son entourage, les derniers jours de ces hommes et femmes. On peut être choqué de voir ces personnages funestes prendre forme humaine à l’écran. A juste titre, l’histoire en a fait des monstres absolus mais ce faisant elle a parfois oublié qu’ils étaient aussi des hommes et que qu’il n’était donc pas impossible que d’autres qu’eux accomplissent la même horreur.

Le film d’Hirschbiegel nous ramène à cette réalité troublante : au banc des accusés de Nuremberg se trouvaient des hommes, des hommes ayant convaincu d’autres hommes de perpétrer contre des hommes un crime indicible. Mais des hommes… Au delà de cette affirmation, pas inintéressante, le film s’attache donc à retracer les derniers jours du leader nazi lorsque, acculé dans un Berlin encerclé, il sait ses troupes en marche vers une reddition inéluctable. On assiste, plus de deux heures durant, aux dernières trahisons, aux dernières fidélités à cet être. Trahissent ceux qui s’enfuient, ceux qui veulent la capitulation. En somme, ceux qui aux dernières heures retrouvent, dans la peur, un peu de leur humanité. Sont fidèles ceux qui promettent de combattre jusqu’au dernier souffle ou s’engagent à mourir avec leur idole.

Ces faits là sont connus. Ce qui l’est moins, c’est le mécanisme par lequel ce petit personnage, manifestement malade tant physiquement que psychologiquement, a pu, jusqu’à la dernière seconde exercer une fascination sur son entourage proche. Les manuels d’histoire nous ont appris les ingrédients économiques et sociologiques de la montée fascisme. Il manque néanmoins une pièce à ce puzzle : comment un homme est-il parvenu à les faire réagir.

La chute ne nous livre pas véritablement de réponse. Le film met d’ailleurs plutôt en scène un personnage sans superbe dont on peine à comprendre comment il a pu tellement fasciner. Mais c’est bien là, toute la force de l’œuvre : montrer que même décadent, Hitler possédait littéralement certaines personnes.

Finalement, La chute n’est pas une œuvre historique : rien ne s’y montre que l’on ne savait déjà. Ce n’est pas une condamnation ouverte du nazisme, de l’antisémitisme, bien que son auteur ne soit en rien suspect de connivence avec ce régime. Ce film s’apparente plutôt à un rappel à la vigilance, résonne comme une mise en garde : l’horreur peut se nicher partout…